La Chanson Grise

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vendredi, 05 février 2010

117 Fliegende Holländer 2

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117   Fliegende Holländer 2

 

Là, tout au fond de la nuit des mondes

Colorée du sang des songes noirs,

Plongé dans le gouffre immonde

Où le plus puissant perd tout pouvoir,

Je voguais en des flots incertains ;

Et dans le ressac de ces eaux d’encre

S’élançait des flammes du lointain

Une nef blanche aux voiles de nacre.

 

Nulle vigie, nul homme à son bord,

Mais sans frémir, sa toile gonflée

L’animait d’un incroyable essor

Sur la mer noire et les cieux voilés.

Nulle écume n’ourlait sa carène,

Et le flot repoussé sans un bruit

Se fermait sans sillage ni traine,

Dans la paix sinistre de la nuit.

 

Alors, dans un envol formidable,

Le vaisseau se libéra des flots,

Et mû d’une force insaisissable,

Prenant l’astre des nuits pour falot

Disparut au lointain des ténèbres ;

Et l’on entendait, dernier adieu,

S’élever la complainte funèbre

De l’âme des marins jusqu’aux cieux.



JCP  05 02 2010


mercredi, 03 février 2010

53 - Alberich

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53   Alberich

 

De la rage blanche des écumes du fleuve

Jaillit un être hideux que mille haines abreuvent ;

Sous le rictus aigu de son visage odieux,

L’œil aux aguets, il fuit sous le regard des dieux.

 

De son poing haut levé, il a maudit l’amour,

Et sous le lourd fardeau qui courbe son échine,

Il vole à travers champs de son ardeur féline,

Pour ne cesser enfin qu’à la chute du jour.

 

Dans le lointain glacial où la nuit se fait noire,

Parvient le triste écho du long réquisitoire

Des filles du fleuve, lâchement dépouillées

De l’éclatant trésor jalousement veillé.

 

Et c’est forgé des nains que l’anneau de pouvoir

Paraît au doigt tendu de l’homme hirsute et noir ;

Mais de cet or maudit ravi des cieux cupides,

Naîtra la mort des dieux et le désert aride.


 

JCP  01 2010

vendredi, 29 janvier 2010

116 A Zener

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116      A Zener

 

Du Passeur ayant acquitté les taxes

Au sang noir des riches hécatombes,

Faisons traverser le Styx à Stax,

Et déposons-le loin de sa tombe.

 

Lors au fier chanteur rendons ses nerfs,

Moteurs de ses cordes enchantées,

Déposant aux pieds du grand Zener

L’élixir d’éternelle santé.

 

Alors, fier de ses disques d’airain

Où la lyre à nouveau s’exprime,

S’exhaleront les chants souverains

Dans les accords les plus sublimes.

 

 

JCP 29 01 2010

jeudi, 28 janvier 2010

Assez d'Amour !

Image: JCP


112  Assez d’Amour !

 

Le poète vacillant chante l’amour ;

Dégoulinant de la passion qui le tue,

Inexorable il se consume au grand four,

Où pourtant le feu des dupes s’est bien tu.


Il veut y croire encore, pleure et se traîne,

Appelle la mort qui ne l’écoute pas,

Il aime, il aime sans cesse et n’en dort pas :

C’est au supplice que sa flamme l’entraîne.

 

Oublié des muses oublieux de lui-même,

Aux boissons tout comme aux drogues il tue sa vie ;

Et poing tendu maudissant tous ceux qui s’aiment,

Sa plume de fiel noircit tout à l’envi !

 

 

JCP   21-01-10

"Assez d'Amour!" (suite)

Suite à la publication du poème « Assez d’Amour !» sur ce blog, mais surtout sur « LPDP » et « Jepoème », certaines et certains ont fait remarquer que d’autres avaient aussi abordé ce sujet provocateur, je me sens beaucoup moins seul et les en remercie ! :

(Dans un prochain article, parole sera laissée à l'homme hirsute et noir, expert reconnu en haine d'amour et cher à Richard Wagner: Alberich !)


Anaïs : « Mon Cœur, mon Amour »

Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

Ca dégouline d'amour,
C'est beau mais c'est insupportable.
C'est un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrases :

"Elle est bonne ta quiche, amour"
"Mon cœur, passe moi la salade"
Et ça se fait des mamours,
Se donne la becquée à table.

Ce mélange de sentiments
Aromatisé aux fines herbes
Me fait sourire gentiment
Et finalement me donne la gerbe !

Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule !
Je déteste les couples, je les hais tout court !
Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

C'est un épais coulis
Ca me laisse le cul par terre
Autant de mièvrerie
Nappée de crème pâtissière

"Coucou qu'est ce que tu fais mon cœur ?"
"La même chose qu'y a une demie heure... "
"J' t'ai appelé y a cinq minutes mon ange mais ça répondait pas...
Alors j' t'ai rappelé... pour la douzième fois de la journée...
En niquant tout mon forfait...
Mais qu'est ce que tu fais mon adoré ?
Ouais je sais on se voit après...
Non c'est toi qui raccroches... Non c'est toi...
Non c'est toi qui raccroches... Non c'est toi...
Non c'est toi... C'est toi ... Bon d'accord je te rappelle... "

Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule !
Je déteste les couples, je les hais tout court !
Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

 

Brigitte Fontaine : «  Pipeau »

L'amour, l'amour, l'amour
toujours, le vieux discours
soit divin, soit humain,
idem le baratin
jusque dans les VC
j'en peux plus par pitié
faudrait changer de disc
entreprise a hauts risques
Les curés en chaleur
Les idoles en pleurs
les mémé les plus louches
n'ont que ça a la bouche
oh de grâce arrêtez de vous badigeonner
de cette pub idiote
j'en ai plein la culotte

L'amour
c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos
L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos

bardes dégoulinants
scribouillards pleurnichant
délicats militaires
épargnez nous vos glaires
venus o statue creuse
mets la donc en veilleuse
va t’faire voir chez les grecs,
les anthropopithèques

L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos
L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos

L'amour, l'amour, l'amour
toujours le vieux discours
soit divin soit humain
idem le baratin
venus o statue creuse
mets la donc en veilleuse
va t’faire voir chez les grecs,
les anthropopithèques


dimanche, 10 janvier 2010

Au Grenier

Image: JCP


27    Au grenier

 

Au plus haut degré du vieil escalier de bois

Qu’au fil des ans l’impassible ver ronge et broie,

Morose sur ses gonds, est une ancienne porte

Issue d’une futaie depuis longtemps morte.

 

Lorsque l’œil à travers son noir carreau se risque,

Et qu’hasardeuse, la main de l’ouvrir se pique,

Dans l’âcre senteur de la poussière d’antan

S’étale la vision des ravages du temps :

 

Mille objets, abandonnés des mains de naguère,

Étouffés là sous le lourd manteau de misère,

Soupirent dans la paix du silence feutré,

D’un espoir de vie nouvelle encor pénétrés...

 

Aux poutres basses où tout un peuple tisse toile,

Pendent aux crochets marmites et vieilles poêles ;

Le tricycle rouillé s’effondre lentement

Sur la vieille psyché, se mire en ses fragments ;

La chauve-souris, tirée de sa somnolence,

Déploie ses ailes puis les referme en silence.

 

Aux vitres noircies, près des images sacrées,

Tremblent les vieux restes d’un papier déchiré :

A l’encre bleue pâlie des ans, on lit encore,

D’une main tremblante que la crainte dévore,

Sur le papier taché, les derniers mots d’amour

D’une vieille guerre qui n’eut pas de retour...

 

 

JCP

Sous la Jachère

Image: JCP


69   Sous la Jachère (Chant des Laboureurs)

« Imagine un monde sans religion », John Lennon, 1971

 

- Brûlons, labourons la jachère,

Et profond, profond le labour ;

Combien la terre nous est chère,

Creusons-la partout alentour !

 

Mais soudain sorti de la terre,

Qu’est-ce donc qui brille au sillon ?

Ni caillou ni pomme de terre

- Ou bien le trésor des galions ?

 

- Ce n’est pas de l’or c’est du verre,

Finis le rêve et les doublons :

Cette bouteille de misère

Ne nous vaut pas le métal blond !

 

                     ...

Alors de la bouteille ouverte,

S’élève un chant mystérieux

Et s’exhale une fumée verte ;

De blanc vêtu paraît un dieu !

                     ...

 

- Qui es-tu et que nous veux-tu ?

- Je suis le Dieu sur cette terre,

Je suis le Dieu de blanc vêtu,

Je suis né pour la nouvelle ère ;

 

Enfin grâce à vous me voici,

C’est à vous que je dois de naître ;

Je dois régner sur tous ici,

Je dois régner sur tous les êtres.

 

- En ce cas repars aussitôt,

Nous n’avons pas besoin de maître,

Il suffit de ceux du château :

D’autres humains va te repaître :

 

Sans les dieux nous vivons heureux,

Et les avons enfin chassés

Avec tous leurs vains religieux,

Pars ou tu seras repoussé.

 

- Alors redoutez mon courroux,

Car pour vous je suis le Seigneur,

Vous devrez m’obéir partout,

De mon châtiment ayez peur !

 

C’est sur un haussement d’épaules

Qu’ils achevèrent leur labour.

Remettant le dieu dans sa fiole

Ils rentrèrent, chantant l’amour,

Le vin et toutes jouissances

Condamnées là haut par les cieux,

Et s’emplirent à ras bord la panse,

En louant le péché des dieux !

 

JCP

...............................................................................................................

« Imagine », John Lennon, 1971

Imagine there's no heaven,
It's easy if you try,
No hell below us,
Above us only sky,
Imagine all the people
living for today...

Imagine there's no countries,
It isnt hard to do,
Nothing to kill or die for,
And No religion too,
Imagine all the people
living life in peace...

You may say I'm a dreamer
But I'm not the only one
I hope someday you'll join us
And the world will live as one.

Imagine no possesions,
I wonder if you can,
No need for greed or hunger,
A brotherhood of man,
Imagine all the people
Sharing all the world...

You may say Im a dreamer,
but Im not the only one,
I hope some day you'll join us,
And the world will live as one.

...

...

Imagine (Imaginez)
 
Imaginez qu'il n'y a aucun Paradis,
C'est facile si vous essayez,
Aucun enfer en dessous de nous,
Au dessus de nous seulement le ciel,
Imaginez tous les gens,
Vivant pour aujourd'hui...
 
Imaginez qu'il n'y a aucun pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
Aucune religion non plus,
Imaginez tous les gens,
Vivant leurs vies dans la paix...
 
Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni
 
Imaginez aucunes possessions,
Je me demande si vous le pouvez,
Aucun besoin d'avidité ou de faim,
Une fraternité humaine,
Imaginez tous les gens,
Partageant tout le monde...
 
Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni.

 

 

mercredi, 06 janvier 2010

RÉPERTOIRE POÉSIE

                   

.

117 Fliegende Holländer 2 (légende)

94   Les Bas Quartiers (romantique) - (1° PRIX CONCOURS A THÈME "La Passion Des Poèmes")

53   Alberich (légende)

112 Assez d'Amour ! (...)

27   Au Grenier (souvenir enfance)

116 A Zener (électro-mythologie)

69   Sous la Jachère (campagnard)

25   Sur la Dune (romantique)

102 Mourons un peu, pour Voir... (loufoque)

3     Blanches Voiles (romantique)

14   Le Papillon (romantique)

98   Brainwashing (loufoque)

4     La Dictature du Progrès (actualité)

95   Les pleurs de Joie (romantique-actualité)

93   Viens Voir le Couchant Rose (hommage à Ronsard)

92   Virus Dei, la Religion Nouvelle ou: La Vaccination des Dieux (loufoque, actualité)

90   Bouillons de Marmite (muses)

88   En Vers et pour Tous (...)

77   Partance (épopée)

81   Guéri du Fui (poème court)

75   Une Automnale (romantique)

48   Voyage des Nuits (rêve)

67   Ombres d'Aurore (rêve-romantique)

72   Entre Gaillac et Rabastens (rêve- romantique)

64   La Légende de Guan Yin (légende)

44   Rivage (océan)

50   Catafalcus Brillantissima (actualité)

56   Le Châtiment (épopée)

61   Au Vent des Conquêtes (épopée)

55   La Source des Dieux (antique)

38   Eaux de Sel (océan)

39  Le Champ aux Roches (océan)

40   Le Gabian (océan)

41   Les Murs de Guérande (moyen-âge)

42   Océan des Âges (loufoque)

43   Pitalugomagouër (rêve-océan)

45   Les Couleurs de la Petite Mer (océan)

49   Serpent de Fer (actualité)

99   La Voie des Marais (récit en prose)

.

JCP

lundi, 07 décembre 2009

Sur la Dune

Image: X


25   Sur la Dune


Ce soir noire est la nuit, ce soir belle est la lune.

Un rayon s'est posé sur le dos de la dune

Et la chevauche au loin, cavalier de lumière

Fuyant l’obscurité sur sa monture altière.

 

Vois-tu dans le lointain les dernières lueurs

De l'astre du jour qui, paisiblement, se meurt ;

Et dessus la vague qui s’étire au rivage,

Comme il dérobe à la nuit sa dernière image ?

 

Un murmure a passé là-bas sur la pinède,

C'est du dernier zéphyr le souffle encore tiède,

Qui siffle en la ramée ce soir son dernier chant,

Avant que n'expirent les lueurs du couchant.

 

Les dernières voiles sont de retour au port,

Leur sillon se ferme sur le flot qui s'endort;

Savourons cette heure de calme et volupté :

Un ultime frisson, de la mer, a monté.

 


JCP

dimanche, 06 décembre 2009

Mourons un peu, pour Voir....

Image: X


Mourons un peu, pour voir ...

 

Je suis mort ce matin, sous une pluie battante.

Il me faut dire aussi, c’était bien mon attente,

Car depuis quelque temps, eh bien, c’était plus ça,

Sur la planète bleue vivant couci-couça...

 

Les gens sont méchants puis le climat se détraque,

Et comme enfin j’étais toujours un peu patraque,

Je suis mort tranquille et sans le moindre regret.

Car mourir, savez-vous, offre de grands attraits...

 

Plus de bousculade en ce monde de silence,

Tout le monde est gentil, je vous dis : c’est Byzance !

Et, je m’en doutais bien, il n’y a pas de dieu,

Mais alors, pas un seul, comme ça - c’est bien mieux.

 

Pourtant, avec le temps, je fus un peu déçu :

Il y a un monde fou, ça, si j’avais su...

Il n’y a rien pour s’asseoir, pas le moindre siège,

Tout le monde est debout, je dis : on nous néglige !

 

Et puis figurez-vous, on n’y voit rien du tout :

A longueur de journée on se cogne partout !...

- Eh bien, cet au-delà n’a rien d’un paradis,

Méfiez-vous, c’est pas du tout ce qu’on en dit...

 

Alors, un peu lassé de la triste aventure,

Je décidai de rentrer, et à toute allure !...

Il pleuvait toujours, mais tout bien considéré :

Si la vie ne vaut rien, mieux vaut la mort différer !

 

JCP

vendredi, 04 décembre 2009

Blanches Voiles

Photo: JCP


3     Blanches voiles

 

Les blanches voiles vont au marais.

Voyez les, vaisseaux immaculés,

Poser à l’eau leur patte de jais,

Au rivage des grands flots troublés.

 

Défiez-vous, peuples du palud,

De leur virginale pèlerine :

Elle abrite un glaive résolu,

Fatal à la gent sous-marine !

 

Poisson d'argent, garde-toi du bec

Et de son ramage, morne rebec :

Prends refuge au plus profond des eaux,

De la fable ne sois point l'agneau...

 

...Et le calme un moment revenu

Étend au miroir qui se reforme

L’image de ces grands arbres nus,

Témoins paisibles des eaux qui dorment...

 

 

JCP  0908  301109

dimanche, 29 novembre 2009

Le Papillon

Photo: JCP


14   Le Papillon

       

Tant de fleurs peuplaient la grande et verte pelouse

Qu’il ne sut auprès de laquelle se poser

Ni de choix, par trop cruel, seulement oser,

Afin de n’y point répandre humeur trop jalouse.

 

Laissant au noir insecte la bien triste bouse,

Dans un incessant va et vient fort malaisé,

Course folle dont il sortit tout épuisé,

Il n’en put hélas butiner guère que douze.

 

Alors, dans un large mouvement de corolle,

Oubliées et déçues, toutes à tour de rôle,

Le rouge au pétale, montrèrent leur mépris.

 

- Mais pourquoi donc, leur dit brusquement Belles-Ailes,

De mon unique amour demander tout le prix,

Je ne puis vous aimer toutes malgré mon zèle !

 

...Qui est fidèle à l’une, pour l’autre est cruel...*

 

 

JCP 090709 - 291109

* Vers adapté d'une réplique de Don Giovanni à l'acte 2 du Don Giovanni de Mozart (livret de Lorenzo da Ponte).

mardi, 24 novembre 2009

Brainwashing

Image: X


98  Brainwashing

 

De mon pauvre cerveau fatigué

Je pris un à un tous les neurones,

Les plus tristes comme les plus gais,

Et sans le révéler à personne,

Les déposai au creux de ma main.

Oh, ils n’étaient pas lourds à porter

Ni nombreux, à peine quatre grains

Qu’en douceur je me mis à frotter.

 

Les baignant alors à l’onde claire,

Je les replaçai sans plus tarder

Après ce lavage salutaire,

Impatient de l’esprit ravaudé,

Lavé sans doute de ses tourments,

Ivre enfin de l’infini bonheur,

Dans un éternel apaisement !

 

Eh bien, savez-vous, je fus déçu

Par mon petit travail d’amateur :

Ne touchez pas au cérébral tissu !

 

JCP


lundi, 23 novembre 2009

La Dictature du Progrès

Image : JCP


4  La Dictature du Progrès

 

De Téléplus mon décodeur analogique,

Probablement pris d’une incurable colique,

A tristement passé de la vie, au trépas

Que ce roi de l’image ne méritait pas

Et qui, pitoyable et poussiéreux, fut remplacé

Par la fine fleur numérique, c’est dire assez.

 

Pourtant, son prédécesseur fut vite regretté,

Car plus rien comme avant jamais n’a plus été :

Se montrant de stricte obédience technophile

Le rejeton, haute lignée mais triste bile,

Déclarant qu’on ne l’alimentait point assez,

La transmission des images a tout net cessé !

 

Gratifié pourtant des meilleurs de nos deniers,

Bénéficiant des voltages les plus soignés,

Croyez-vous que celui-ci s’en contentât,

Et que gîte et bon couvert suffirent à l’ingrat ?

- Que nenni, l’on exigea haute et belle antenne,

Et réclama pour le scope ennemi : la benne !

 

Comment stopper la Dictature du Progrès,

Comment figer ce qui nous touche de près

Et des tristes profiteurs briser le rang,

Comment tuer les lois qui profitent au marchand,

Comment enfin notre porte-monnaie sauver

Du mercantile courroux qui le veut achever ?

 

Simplement (et gratuitement), en éteignant la Télé.


 

JCP

jeudi, 19 novembre 2009

Les Bas Quartiers

Image: JCP


94  Les Bas Quartiers

 

J’ai trop souvent foulé le noir pavé des villes,

J’ai trop longtemps vécu dans cette ambiance vile :

Il n’est de bonne herbe poussant sur le trottoir,

Et l’esprit le plus fort y trouve son déchoir.

 

Pourtant ses airs viciés ont gonflé mes poumons,

Pourtant j’ai côtoyé tous ses plus noirs démons ;

Survivant malgré moi parmi tous ses effluves,

Et trop tard échappé à ses senteurs d’étuve,

Son emprise est en moi et n’en sortira pas.

C’est encor vers elle que je guide mes pas :

 

Écoutez-la gémir, écoutez-la gronder

Sous le bleu du ciel ou bien le gris de l’ondée,

Aux chaleurs de l’été comme aux froids de janvier,

La cité de pierre, et ses écailles d’acier.

 

A la brique noircie de ses tristes murailles,

De ses ruelles humides aux trottoirs hideux

D’où s’exhale l’air putride du soupirail,

Tout respire ici les destins cafardeux.

 

A ses senteurs parfois, où je m’enivre encore,

A ses philtres puissants abandonnant mes pores,

Je pose encor mes pieds sous le vieux guéridon,

De mon indifférence implorant le pardon,

Lui qui jadis vit tant et connut tant de moi :

Mes cahiers d’écolier tachés de limonade,

Mes peines et mes joies ou mes fières bravades,

Mes jeux de l’amour, mes touts premiers émois.

 

Mais ces lieux qui m’attristent et pourtant m’attirent

Gardent au gris de leurs murs le souvenir captif

Du lointain de mes jours : le meilleur et le pire,

Gravés là, sont mes plus chers témoins affectifs.

 

 

JCP

Ce poème a obtenu le 1° prix du concours à thème de "La Passion des Poèmes" - tant pis, je l'accepte:

http://www.lapassiondespoemes.com/?action=viewpost&ID=489&cat=20&page=1

Discussion autour de ce poème sur "La Passion des Poèmes":
http://www.lapassiondespoemes.com/?action=viewpost&ID=449&cat=20



mercredi, 18 novembre 2009

Les pleurs de Joie

Image: X



95  Les pleurs de Joie

 

Je la trouvai là, parmi les fleurs,

Au bord de la route, assise en pleurs.

Ses longs bras soutenant son visage,

Comme elle était belle en sa tristesse !

 

Animée parfois d’éclairs de rage

Qui secouaient son corps de déesse,

Tournant ses yeux mouillés vers moi,

Elle me fit part de son émoi :

 

- On ne m’aime plus sur cette terre

Que je suis bien triste de quitter,

Je dois repartir vers la lumière,

Vers l’azur où les miens sont restés.

 

Tremblant à mon tour de tels propos,

Et séduit par sa beauté divine,

Lors d’aimer pour mille et sans repos

Fis serment à la belle orpheline.

 

D’un charmant sourire enfin venu,

Mais la vérité ne cachant plus :

- Ne crois pas en mon beau corps de femme,

Je suis Joie, je vais où l’on m’acclame.


Sur d’autres planètes dès demain

J’irai porter la science de vie

Que vous repoussez, sombres humains :

Au bonheur préférez vos envies,

A l’amour vos tristes ambitions,

Je vous laisse à vos aspirations !

 

Elle disparut sur ces paroles,

Me laissant à l’âme un si grand froid,

Qu’au travers d’une blanche auréole

Toujours je revois les pleurs de Joie.

 

 

JCP

Discussion autour de ce poème sur "JePoème":
http://poeme.jepoeme.com/discussion-202763-Les_pleurs_de_joie/1.html

dimanche, 15 novembre 2009

Viens voir le Couchant Rose



93  Viens voir le Couchant Rose

(Vibrant outrage à Pierre de Ronsard...)

 

Viens-tu, ce soir le ciel est rose,

Courons où le soleil se pose

Y cueillir ses rayons vermeils

Que j’ai vu choir au fond du pré :

De ces doux rubans pourprés

Je ceindrai ton front sans pareil.

 

Hélas, vois-tu comme à l’espace

Le jour à la nuit laisse place

Et comme s’efface l’espoir

D’ainsi parer ta chevelure,

Et d’ajouter à sa dorure

Tous ces rubis repris du soir.

 

Vois-tu, ce que le ciel nous donne,

Aux trésors qu’il nous abandonne,

Allons sans attendre goûter :

A ses rayons brûlons jeunesse

Et n’attendons jamais vieillesse,

Qui nos plaisirs sait écarter.

 

 

JCP  151109

 

 La Source:

Mignonne, allons voir si la rose

A Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui
ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las
! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera
ternir vostre beauté.

 

Pierre de Ronsard

vendredi, 13 novembre 2009

Virus Dei, la Religion Nouvelle

Photo: JCP 



92  Virus Dei, la Religion Nouvelle


Ce matin, j’ai créé une religion,

Et je cherche un troupeau de gentils moutons.

Mais vous savez bien, le mouton, c’est la base,

Car cet animal accepte qu’on le rase...

 

Un être hideux, du haut des cieux descendu

M’a déclaré entre tous être l’élu,

Oui, celui qu’attendaient les immenses foules,

Celui qui saurait les presser dans le Moule.

 

Ne sachant rien des confessions ni des cultes,

Et dans cet art mensonger par trop inculte,

La noire apparition soudain se fit douce,

M’octroyant du messie la sainte frimousse.

 

Va et rassemble, me dit le dieu nouveau

Les blancs moutons, et porte leur ma parole ;

C’est du plus haut des cieux que te vient ce rôle,

Mais n’oublie pas de leur laver le cerveau :

 

Dis leur en vérité qu’ils sont très malades,

Enfin raconte-leur tout plein de salades,

Et dès que tu les sentiras enfin prêts,

Rassemble-les tous là, en ce vaste pré :

 

Je te donnerai plus de mille seringues,

Au sérum des imbéciles vaccinons

Sans plus attendre tous ces gentils moutons,

Et régnons toi et moi sur ces pauvres dingues.

 

 

JCP

Discussion autour de ce poème sur  "JePoème":

http://poeme-engage.jepoeme.com/discussion-201253-Virus_dei_la_religion_nouvelle/1.html#fin


mercredi, 11 novembre 2009

Bouillons de Marmite



90    Bouillons de Marmite    


A chaud, à froid, et du profond raisonné,

Ou dans l’amour frémissant de toutes muses,

C’est plus d’une fois qu’on reste à quai,

Crayon clavier muets sous la main confuse.

 

Et du grand sac des mots qui soudain se ferme,

Ne coule plus guère que banalités ;

A peine y puiserait-on les quatre germes

De ces pauvres discours jamais enfantés.

 

Se refusant alors au nom de poète,

Recueilli sur le tombeau des écrits morts

Et pleurant son génie rejoint des comètes,

Le rimeur, chassé du beau, maudit le sort.

 

Attristé, pâle, brisé, les yeux rougis,   

L’esprit vaincu de ténèbres et de souffrances,

Malade de sa plume et de son silence,

Il invite en vain la mort en son logis.

 

Mais parmi les os blanchis des muses mortes,

Une vive lueur a soudain jailli,

Qui va, qui s’enfle et devenant flamme forte

Échauffe la marmite des mots jolis.

 

Alors, puisant au nectar à pleine louche,

Le poète fébrile étale au papier

Les mille et cent mots qu’il remue dans sa bouche,

Enfin rejetés, ciselés et triés.

 

Et caressant mieux que chat tous ses mots neufs,

Il se dit poète et le crie vers les cieux,

Avant qu’à nouveau des muses triste veuf,

Sa frêle plume ne s’envole aux vents odieux.

 

 

 

JCP

lundi, 09 novembre 2009

En Vers et pour Tous





88   En Vers et pour Tous

 

Facile, tout est sur le clavier,

C'est bien vrai, y a qu'à appuyer;

Un coup par ci ou un coup par là,

Une pelletée de mots, voilà.

 

Bien sûr, une pincée de virgules,

Quelques points. Aussi des points virgules ;

Et si on questionnait le lecteur ?

Interrogeons-le - il aura peur !

 

Alors, oui, le point d'exclamation !

Rage folle dans l'intonation ;

Ou suspensions et paroles douces

Le doute, voilà qui fout la frousse...


 

JCP

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