La Chanson Grise

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samedi, 30 décembre 2017

SOMMAIRE

                            

                                                                                                                                                                                

vendredi, 05 février 2010

117 Fliegende Holländer 2

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117   Fliegende Holländer 2

 

Là, tout au fond de la nuit des mondes

Colorée du sang des songes noirs,

Plongé dans le gouffre immonde

Où le plus puissant perd tout pouvoir,

Je voguais en des flots incertains ;

Et dans le ressac de ces eaux d’encre

S’élançait des flammes du lointain

Une nef blanche aux voiles de nacre.

 

Nulle vigie, nul homme à son bord,

Mais sans frémir, sa toile gonflée

L’animait d’un incroyable essor

Sur la mer noire et les cieux voilés.

Nulle écume n’ourlait sa carène,

Et le flot repoussé sans un bruit

Se fermait sans sillage ni traine,

Dans la paix sinistre de la nuit.

 

Alors, dans un envol formidable,

Le vaisseau se libéra des flots,

Et mû d’une force insaisissable,

Prenant l’astre des nuits pour falot

Disparut au lointain des ténèbres ;

Et l’on entendait, dernier adieu,

S’élever la complainte funèbre

De l’âme des marins jusqu’aux cieux.



JCP  05 02 2010


mercredi, 03 février 2010

Le Dictionnaire Éventuel: Au-delà

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Au-delà : Attention : ce pays ne produit pas de vin !

JCP

Le Dictionnaire Éventuel: Extrados

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Extrados : Aspect remarquable du revêtement arrière

JCP

53 - Alberich

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53   Alberich

 

De la rage blanche des écumes du fleuve

Jaillit un être hideux que mille haines abreuvent ;

Sous le rictus aigu de son visage odieux,

L’œil aux aguets, il fuit sous le regard des dieux.

 

De son poing haut levé, il a maudit l’amour,

Et sous le lourd fardeau qui courbe son échine,

Il vole à travers champs de son ardeur féline,

Pour ne cesser enfin qu’à la chute du jour.

 

Dans le lointain glacial où la nuit se fait noire,

Parvient le triste écho du long réquisitoire

Des filles du fleuve, lâchement dépouillées

De l’éclatant trésor jalousement veillé.

 

Et c’est forgé des nains que l’anneau de pouvoir

Paraît au doigt tendu de l’homme hirsute et noir ;

Mais de cet or maudit ravi des cieux cupides,

Naîtra la mort des dieux et le désert aride.


 

JCP  01 2010

mardi, 02 février 2010

Le Dictionnaire Éventuel: Lamentable

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Lamentable : le couteau se place à droite de l’assiette

JCP

Le Dictionnaire Éventuel: Ange

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Ange : Espèce à plumes menacée par le trafic aérien et par son incapacité notoire à se reproduire.

JCP

vendredi, 29 janvier 2010

116 A Zener

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116      A Zener

 

Du Passeur ayant acquitté les taxes

Au sang noir des riches hécatombes,

Faisons traverser le Styx à Stax,

Et déposons-le loin de sa tombe.

 

Lors au fier chanteur rendons ses nerfs,

Moteurs de ses cordes enchantées,

Déposant aux pieds du grand Zener

L’élixir d’éternelle santé.

 

Alors, fier de ses disques d’airain

Où la lyre à nouveau s’exprime,

S’exhaleront les chants souverains

Dans les accords les plus sublimes.

 

 

JCP 29 01 2010

jeudi, 28 janvier 2010

Le Dictionnaire Éventuel: Baiser

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Baiser : Toujours chaleureux et nombreux :

« Il la couvrit de mille ardents baisers » (Litt.)

JCP

Le Dictionnaire Éventuel: Époque

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Époque :   - 1°:  Toujours affirmer sa tristesse :

                  « - Nous vivons une triste époque !»

                - 2°:  Toujours la vanter :

                  « - On vit une époque formidable !»



JCP

Assez d'Amour !

Image: JCP


112  Assez d’Amour !

 

Le poète vacillant chante l’amour ;

Dégoulinant de la passion qui le tue,

Inexorable il se consume au grand four,

Où pourtant le feu des dupes s’est bien tu.


Il veut y croire encore, pleure et se traîne,

Appelle la mort qui ne l’écoute pas,

Il aime, il aime sans cesse et n’en dort pas :

C’est au supplice que sa flamme l’entraîne.

 

Oublié des muses oublieux de lui-même,

Aux boissons tout comme aux drogues il tue sa vie ;

Et poing tendu maudissant tous ceux qui s’aiment,

Sa plume de fiel noircit tout à l’envi !

 

 

JCP   21-01-10

"Assez d'Amour!" (suite)

Suite à la publication du poème « Assez d’Amour !» sur ce blog, mais surtout sur « LPDP » et « Jepoème », certaines et certains ont fait remarquer que d’autres avaient aussi abordé ce sujet provocateur, je me sens beaucoup moins seul et les en remercie ! :

(Dans un prochain article, parole sera laissée à l'homme hirsute et noir, expert reconnu en haine d'amour et cher à Richard Wagner: Alberich !)


Anaïs : « Mon Cœur, mon Amour »

Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

Ca dégouline d'amour,
C'est beau mais c'est insupportable.
C'est un pudding bien lourd
De mots doux à chaque phrases :

"Elle est bonne ta quiche, amour"
"Mon cœur, passe moi la salade"
Et ça se fait des mamours,
Se donne la becquée à table.

Ce mélange de sentiments
Aromatisé aux fines herbes
Me fait sourire gentiment
Et finalement me donne la gerbe !

Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule !
Je déteste les couples, je les hais tout court !
Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

C'est un épais coulis
Ca me laisse le cul par terre
Autant de mièvrerie
Nappée de crème pâtissière

"Coucou qu'est ce que tu fais mon cœur ?"
"La même chose qu'y a une demie heure... "
"J' t'ai appelé y a cinq minutes mon ange mais ça répondait pas...
Alors j' t'ai rappelé... pour la douzième fois de la journée...
En niquant tout mon forfait...
Mais qu'est ce que tu fais mon adoré ?
Ouais je sais on se voit après...
Non c'est toi qui raccroches... Non c'est toi...
Non c'est toi qui raccroches... Non c'est toi...
Non c'est toi... C'est toi ... Bon d'accord je te rappelle... "

Je hais les couples qui me rappellent que je suis seule !
Je déteste les couples, je les hais tout court !
Mon cœur, mon amour, mon amour, mon cœur x2

 

Brigitte Fontaine : «  Pipeau »

L'amour, l'amour, l'amour
toujours, le vieux discours
soit divin, soit humain,
idem le baratin
jusque dans les VC
j'en peux plus par pitié
faudrait changer de disc
entreprise a hauts risques
Les curés en chaleur
Les idoles en pleurs
les mémé les plus louches
n'ont que ça a la bouche
oh de grâce arrêtez de vous badigeonner
de cette pub idiote
j'en ai plein la culotte

L'amour
c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos
L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos

bardes dégoulinants
scribouillards pleurnichant
délicats militaires
épargnez nous vos glaires
venus o statue creuse
mets la donc en veilleuse
va t’faire voir chez les grecs,
les anthropopithèques

L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos
L'amour c'est du Pipeau
c'est bon pour les gogos

L'amour, l'amour, l'amour
toujours le vieux discours
soit divin soit humain
idem le baratin
venus o statue creuse
mets la donc en veilleuse
va t’faire voir chez les grecs,
les anthropopithèques


mardi, 26 janvier 2010

Le Dictionnaire Éventuel: Tôle ondulée

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Tôle ondulée : Les vaches aussi

JCP

Le Dictionnaire Éventuel: Adam

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Adam : Fromage de Hollande tombé de l'arbre

JCP

vendredi, 22 janvier 2010

Le Dictionnaire Éventuel: Sauveur

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Sauveur : Le seul Sauveur est sur terre : il se nomme Rire

JCP

Le Mot du Jour

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- Les valeurs morales ne sont pas cotées en bourse.

                        Mouna (1911 - 1999), « Empereur débilissime, Aguigui 1er », nommé "Chevalier des Arts et des Lettres" par Jack Lang.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Aguigui_Mouna

mercredi, 20 janvier 2010

RÉCITS ROCK

                                                RÉCITS ROCK



Récits Rock (1967 – 1974)

C’est à travers leur musique que l’on comprend le mieux les générations naissantes.


1 – Le festival de Rock d’Aix en Provence

(1, 2 & 3 août 1970).


                                Il faisait chaud dans le sud de l’Espagne, en cette fin du mois de juillet 1970, dans ce camping à peine ombragé de quelques eucalyptus, dont le feuillage clairsemé laissait passer bien trop de soleil ... Aussi, lassés de bêtifiante baignade, ce fut un soulagement que d’apprendre par la radio qu’un évènement, sans précédent, se préparait en France : un festival de Rock de trois jours, pas moins, dans un immense champ près d’Aix en Provence. On y attendait des artistes de grand renom, comme The Flock, Pete Brown, Johnny Winter, Mungo Jerry, Léonard Cohen et Colosseum, en sus de quelques groupes Français bien connus. On ne pouvait rester là, les bras croisés à ne rien faire, il fallait vivre un tel évènement, et ce n’était pas ces misérables mille-cinq-cent kilomètres qui nous séparaient de l’évènement, qui allaient faire obstacle et nous en priver !

Ce fut le lendemain, dès l’aube, que nous mîmes le cap plein nord ; la nécessaire vidange de la Renault 8 fut exécutée en route, sur quelque bas côté peu fréquenté, en un tour de main et quelques tours de clé, désormais le chronomètre tournait ! Une nuit de repos sur la Costa Brava, et nous voici, à l’issue de la seconde journée, en pleine ville d’Aix, cherchant et trouvant vite le lieu de vente des billets pour le festival. La ville regorgeait de monde – et de beau monde – on n’avait jamais vu ça ... les Aixois non plus d’ailleurs, même s’ils semblaient moins enthousiastes à la vue de ces envahisseurs, rarement fortunés de surcroît : cinquante-cinq francs l’entrée suffisaient à mettre à mal ces jeunes bourses, et de ce qu’il pouvait y rester, on tirait plus aisément de quoi payer la baguette et la boîte de pâté, que le menu des restaurants huppés du centre de la ville.

Quelques provisions de bouche furent faites, et l’on se dirigea vers le lieu du concert, extrêmement aisé à trouver, puisqu’il suffisait de suivre l’embouteillage interminable d’autos et de piétons, entrecoupé de compagnies entières de CRS armés jusqu’aux dents : Un tel évènement, sans précédent aucun sur notre territoire, attirant une telle masse de jeunes, aussi honteusement vêtus et coiffés, l’esprit malsain contaminé des idées les plus dangereuses, exigeait les grandes précautions – encore heureux s’il ne fallait pas tirer quelques grenades lacrymogènes avant ce soir. En tout cas, les ambulances se tenaient prêtes, un peu à l’écart, et un hélicoptère de la gendarmerie allait et venait, sous les huées et les poings levés de la foule bariolée.

L’auto laissée dans le grand champ prévu à cet effet, lourdement chargés de nourriture et boisson, vêtements et couchage, il ne restait plus qu’à pénétrer dans l’enceinte, dont nous longions, en fourmilière enfuie, l’imposante et longue clôture grillagée, qui semblait ne pas vouloir trouver sa fin.

L’entrée n’était pas seulement en vue que déjà la file s’immobilisait, la foule grandissait, s’enflait, débordait des barrières mal prévues pour la localiser : on patientait, parlant musique, prix excessif des places, possibilités de boire et de se nourrir à l’intérieur, parfois dans le mauvais anglais appris au lycée, avec quelques voisins de notre pays de France – où avait lieu l’évènement !

Mais, sous une rumeur de foule croissante, brutalement devenue clameur, les alignements menaçants de casques, éclatants de soleil, et les crosses de bois des MAS36 des CRS, qui seuls dépassaient des champs herbeux, soudain se dressent et se rapprochent : l’affrontement est inévitable, on a secoué, profané, renversé, piétiné par places cette clôture, symbole de la dictature de l’argent et de la société de consommation, enfin mis à bas par l’effort de tous.

On se bat, des coups, des explosions se font entendre, les CRS se ressaisissent, referment les brèches par lesquelles les hordes sauvages se sont engouffrées ; les radios annoncent l’annulation pure et simple du festival ; l’information est reprise à l’intérieur de l’enceinte où, parmi les premiers, nous avions pu pénétrer - en payant, finalement - répréhensible moyen petit bourgeois, dont il convient désormais de ne pas se vanter, si l’on souhaite faire bonne figure.

C’est donc sans violence que les barrières s’ouvrirent pour nous. Quelques milliers de personnes étaient déjà dans la place, perdues dans cette immense prairie toute entourée d’arbres, un lieu superbe - mais on était là pour la musique. Et c’est dans un fébrile empressement que l’on s’approche du saint lieu : la scène, immense à faire rougir de honte un porte-avions, est déjà envahie de toute une fourmilière de road managers qui se pressent, courent, empilent, montent, câblent, testent les micros, les instruments : on ne nous a pas menti, c’est bien ici que ça va se passer !

Dressées de part et d’autre de la scène, deux larges et hautes colonnes de lourd treillis métallique, débordent chacune d’un empilement gigantesque d’enceintes de sonorisation des meilleures marques, américaines pour la plupart : le fin du fin du haut parleur, une débauche de « JBL » de toutes tailles, du jamais vu dans tout le pays de France, même à l’intérieur des  discothèques de renom !

Alors, comme des gosses au sapin lorsque le Père Noël s’est surpassé, cette foule arpente l’étendue, ne se fixe pas, court de la scène au bocage, des stands de boissons à ceux de nourriture où déjà l’on carbonise la merguez et tranche le sandwich, jusqu’aux aux rustiques toilettes que peut-être Cromagnon lui-même eût trouvées sommaires, constituées d’un plancher à claire-voie recouvrant une immense tranchée, adossées à la clôture envahie d’épineux. On avait dû creuser là cette profonde fosse de quelques coups de pelle mécanique, elle serait sans doute refermée de même, et l’on peut augurer d’une herbe des plus vertes sur cette superficie, questionnant sans doute des générations de d’ethnologues dans un avenir prochain.

La contemplation de cet incroyable alignement de postérieurs de tous sexes - dont certains étaient remarquables - dans l’exercice de leurs fonctions naturelles, fut pour beaucoup une révélation : pourquoi exiger plus que le nécessaire, ces quelques planches ne suffisent-elles pas ? Qui n’a pas de papier en obtient immédiatement de son voisin, de sa voisine, heureux du partage de la main tendue – certaines et certains y perdirent, d’un seul coup d’un seul, leur pudeur, irrémédiablement tombée là, à la fosse.

Quant aux douches car, raffinement supérieur, il y en avait, un simple tube d’une bonne trentaine de mètres, percé de loin en loin d’un groupe de trous faisait amplement l’affaire et les eaux qui, au mépris de tout robinet, coulaient en permanence, se dirigeaient ensuite au ruisseau. Humbles et rares, quelques savonnettes circulaient, de main en main, s’en retournant par le même chemin vers leur propriétaire, qui parfois ne les reconnaissait pas, rétrécies mieux que peau de chagrin. Et là aussi, il y avait grande leçon à tirer : quelle décontraction, quel bonheur dans cette nudité collective tant réprouvée des parents, des religions, des autorités même, dans l’absence d’arrière-pensées ; et l’on voyait, s’écouler et s’enfuir une eau impure, chargée de tous ces noirs préjugés, enfin lavés et qui, de ce ruisseau, ne manqueraient pas de rejoindre la mer, pour s’y noyer à jamais !

Il y avait pour sûr beaucoup à faire, pour rendre meilleure la société inhumaine de nos pères, et tant à défaire aussi, on allait s’atteler à la tâche, lourde, longue et difficile soit-elle, tous unis, solidaires dans l’effort commun, on repousserait enfin les barrières, et il n’y aurait d’ailleurs même plus de barrières, dans quel but imposer des barrières ? ! Et il fera bon vivre en ce monde nouveau, créé par nous, créé pour nous, et non pour et par les dirigeants, pour le profit de cette minorité qui ne cesse de nous exploiter vilement, et de s’enrichir, gras de notre dur labeur !

Cependant, au beau milieu de cette pelouse qu’un troupeau de moutons affamés n’aurait pas mieux réduite, il commençait à faire très, très chaud, sous ce soleil d’août sans la moindre brise. Certains, sans doute venus du nord et craignant le soleil de Provence, construisaient déjà de vastes abris de branchages, recouverts de l’inutile vêtement, de feuillage, et s’y logeaient avec délices, malmenant leur guitare, chantant et percutant les peaux comme des forcenés : on était là pour la musique ! Les têtes oscillaient en cadence ; de chaque coin d’ombre s’exprimait, dans des reprises connues ou des créations jamais entendues, tout le génie musical de cette époque et de ses glorieux lendemains, époque que nul encore ne savait bénie, où la plus marginale, la plus ésotérique des créations était la bienvenue, pourvu qu’elle soit originale, et qu’avant tout la musique soit bonne !

Accoutumés aux meilleurs des soleils espagnols, nous nous plaçâmes en plein champ, marquant simplement nos places de matelas, sacs et duvets disposés à terre, comme le faisait la plupart. Le nombre des spectateurs allait grandissant d’heure en heure, parfois dans une lente progression, parfois dans des vociférations et des galopades effrénées, lorsqu’un groupe avait réussi à pratiquer une nouvelle brèche dans cette pauvre clôture, devenue l’objet de toutes les haines, où s’engouffrait alors, au nez et à la barbe des CRS, un flot considérable de resquilleurs, parfois quelque peu blessés, mais toujours hilares et le poing levé, et qui venaient prestement grossir le nombre des spectateurs, définitivement fondus dans la masse toujours grandissante.

Curieusement, on ne parlait plus de l’interdiction du festival, et la sono géante diffusait, lancinant, immense dans ce théâtre de verdure : « In a Gadda da Vida » de l’Iron Butterfly, long morceau occupant la face entière d’un microsillon, et mettant particulièrement en valeur, à l’issue du remarquable solo « fuzzy » du guitariste, un des batteurs les plus talentueux de la scène Rock de ces années là : inoubliable ! De temps à autre, quelque annonce de recherche se faisait depuis ladite sono, comme c’est généralement le cas dans de telles assemblées, où il est aisé de s’égarer, voire de nécessiter soins et médicaments.

Mais déjà quelques accords de guitare, quelques coups de grosse caisse rudement assénés, faisaient dresser les têtes et accourir les flâneurs, pas de doute, les trois musiciens de « Triangle » étaient en place, on allait commencer, c’était imminent ! Rapidement annoncés, ils démarrèrent en force avec leur tube : « Peut-être demain », solide hard rock à la française ; un certain succès malgré la difficulté du rôle : ouvrir le festival. Ce sont les grosses pointures que ce public attendait ...

Et ce fut dès la seconde prestation, que nous prîmes véritablement conscience de l’immensité de la scène qui permettait, lorsqu’un groupe jouait, que l’on désinstallât le matériel de celui qui précédait, et mît en place celui du suivant, tout cela simultanément : belle organisation, qui de surcroît tournait parfaitement rond, au moins du point de vue du spectateur.

La sono nous apprit alors que le festival était un fiasco financier, et que le général en retraite, à qui appartenait ce beau terrain, nommé domaine St. Pons, organisateur de la manifestation, buvait hélas un triste bouillon – on pouvait s’inquiéter pour la poursuite même du festival. Et des bruits, des informations contradictoires, jamais vérifiés, se suivaient : les groupes ne pouvant être payés, on allait vider les lieux dès le lendemain, ou bien, tout au contraire, les choses rentraient dans l’ordre, et le festival se déroulerait dans son entier, comme prévu. Les resquilleurs ne se vantaient plus, certains les montrant même du doigt, convaincus de leur responsabilité quant aux cachets manquants pour les artistes.

La vérité était qu’on ne pouvait désormais mécontenter ce trop vaste public, craignant l’émeute et la destruction, peut être même dans des affrontements sanglants avec les CRS, dont on porterait la triste responsabilité : mai 68 était trop proche dans les mémoires, une étincelle suffirait à raviver la flamme, encore vivante sous l’éteignoir. Il suffisait d’offrir ce pourquoi cette centaine de milliers de jeunes était venue : de la musique - quittes à perdre beaucoup d’argent, on allait d’ailleurs aviser et tenter d’étancher l’hémorragie...

C’est ainsi que les groupes français, jouissant d’une notoriété moins vive qu’Anglais ou Américains, et notablement satisfaits de se produire devant un public aussi imposant, déclarèrent haut et fort abandonner leur cachet : ils furent vivement applaudis pour ce geste plein de noblesse.

Mais un certain Canadien, déjà fort connu, Leonard Cohen, ne souhaitait aucunement rabattre ses prétentions ; non seulement il maintenait son exorbitant cachet, mais il eut encore des exigences de diva : le comité dut à ses frais louer des chevaux, pour lui et sa troupe, et il parut sur scène montant un superbe étalon blanc, pour lequel il fallut établir une montée de bois spécifique, au grand dam des puristes, et sous des huées et des sifflets nourris. Certains prétendaient, non sans raison, que les fantaisies de cet artiste à la personnalité décevante, qui croyait être ici la seule vedette et que l’on imaginait plus sincère et généreux, auraient raison du festival, festival qui pourtant semblait se dérouler sans encombre, et sans défections notables... Ce fut « Rare Bird », groupe pop anglais, avec son tube du moment « Sympathy » qui suivit Triangle et les autres,  puis « The Flock », groupe américain dirigé par son talentueux violoniste, c’était parti pour trois jours de paix, d’amour et de musique.

Aux temps morts des matinées, sous le beau soleil qui ne nous abandonnait pas, de curieux attroupements se produisaient autour d’un groupe qui n’était pas à l’affiche, ignorant des guitares, tous coiffés et vêtus tels les bonzes - de blanc cependant ; l’un animait un orgue portatif, les autres diverses tablas et clochettes hindouistes, et tous chantaient à l’unisson, sur un ton lancinant plus que répétitif, les mêmes phrases, lancées à l’infini, dont voici un aperçu - qui ne sera pas traduit ici, tant il demeure explicite, même dans la langue parlée outre-manche :

« Hare Krishna Hare Krishna
Krishna Krishna Hare Hare
Hare Rama Hare Rame
Rama Rama Hare Hare

Love love
Love love
Drop out
Drop out
Be in
Be in

Take trips get high
Laugh joke and good bye
Beat drum and old tin pot
I'm high on you know what
Marijuana marijuana
Juana juana mari mari
High high high high
Way way up here
Ionosphere

Beads, flowers, freedom, happiness
Beads, flowers, freedom, happiness ... etc »

Ce groupe qui, sans lassitude aucune, parcourait le camp dans son entier, eut un immense succès : il opérait par places quelque « sitting », le public faisait de lui-même silence et les entourait, attentif : la musique et les incantations cessaient, laissant place à la voix de l’orateur qui présentait cette philosophie de vie, le bouddhisme à tendance hindouiste. Ce n’était certes pas une religion, mais une manière de vivre tendant au bonheur universel, dans l’amour, le respect de l’autre, la tolérance universelle et la non violence, dans l’absence justement de ces nombreux interdits, ceux qui font la tristesse de notre société rétrograde, contaminée de vieux principes, et de ces religions castratrices, qui refusent le bonheur à l’homme, prétendant le différer, multiplié, à l’improbable lointain d’un au-delà, que même la science ignore !

Cela faisait mouche, de telles idées, parfaitement accolables à celles d’une large majorité de ce public, étaient bienvenues. Certains, vivement intéressés, questionnaient l’orateur qui parlait un langage compréhensible, des débats se créaient, et les commentaires, témoignant plutôt de simple curiosité dans les débuts, prenaient des tournures constructives, les discussions s’animaient.

Ce fut bien par ailleurs autour de ces années là, que les philosophies de vie d’origine asiatique, comme le Bouddhisme, commencèrent à trouver une plus large audience en occident, las des religions monothéistes auxquelles même un supposé croyant pouvait adresser tant et tant de reproches, et qui ne faisaient déjà plus guère l’unanimité.

Mais pour qui sait quelques mots de l’anglais, les paroles de ces disciples de Krishna ne se contentaient pas de prôner la paix et l’amour universel, elles proposaient même, tout comme l’incomparable Dieu Bacchus la consommation abusive du vin, que l’on s’adonnât, pour mieux percevoir les bienfaits de la paix dans l’amour, à la consommation du cannabis.

Il va sans dire que de tels encouragements n’étaient guère nécessaires, car la verte feuille fleurie circulait ici à tout va, agrémentant en effet les perceptions musicales et amoureuses, entre autres.

Il y eut cependant, à ce sujet là, quelque péripétie digne d’être contée ici : tout près de nous, un groupe d’Allemands - par ailleurs plutôt discrets – semblait vendre quantité de drogues supposées douces, mais aussi de plus rudes, et paraissait être à même de pouvoir satisfaire la demande importante, dans une recette probablement tout aussi importante. Ces lascars s’effacèrent dans la nuit, et furent oubliés ... jusqu’au lendemain matin, où quantité des clients de la veille, visiblement mécontents, vinrent m’agresser verbalement, ressemblant fâcheusement, barbe, carrure, cheveux longs et clairs à leur mauvais dealer étranger. Fort heureusement l’entourage, dans un élan de sympathie, me soutint, déclarant haut que l’Allemand et ses acolytes s’étaient enfuis, et que je n’étais guère dealer. Ces sans-scrupules vendaient au prix fort de l’acide, du LSD, diverses poudres entièrement bidonnés, le tout saupoudré du puissant somnifère qui leur laissait le temps d’accomplir le forfait, et la nécessaire fuite : ceux-là n’étaient pas venus pour la musique !

Les organisateurs en furent avertis, et annoncèrent à plusieurs reprises que le public prenne bien garde aux contrefaçons, et se contente aussi bien de rouler quelque inoffensive feuille, plutôt que de partir dans des trips incertains, sous des chimies incontrôlées ! Mais hélas, certains ne se contentaient pas de ces amuse-gueules végétaux et naturels, déjà passés qu’ils étaient au stade d’où l’on ne revient pas sans dommages : la cuillère, la bougie et la seringue à poire, dangereux accessoires !

Il n’y eut pourtant pas d’accident grave, qu’il soit « mauvais trip » ou maladie naturelle, pas plus que d’accouchement ni de décès sur le pré - au regret probable de trop nombreux journalistes...et le festival put se poursuivre, finalement et contre toute attente, dès la seconde journée, sous les meilleurs auspices.

La première nuit se passa tout à fait bien, la musique trouvant un peu de répit en fin de nuit (de quatre à six heures approximativement), pour reprendre avant le petit déjeuner, qui se limitait pour la plupart à quelque biscuit trouvé au fond du sac : pain et viennoiseries s’obtenaient au terme d’une queue considérable, et les ruptures de stock étaient monnaie courante. Pourtant nul ne se plaignait, et beaucoup oubliaient même franchement la faim, transcendés par la lyre d’Apollon, touchés au fond de leur âme par Aphrodite, épris de musique et d’amour, certains de voir s’écouler là les heures primordiales de leur vie, à vivre à pleines dents, n’en voulant perdre une miette.

En vérité, ces journées là marquèrent à jamais plus d’un esprit, quel qu’eût été sa constitution, ou les idées qu’il pouvait recéler à l’entrée du festival.

La musique reprenait, entrecoupée de persistantes « pauses Krishna », de discours divers plus au moins talentueux, diversement applaudis, de personnages liés autant à la politique, qu’à la musique où à la radio. Les moments forts, ceux qui retenaient le plus l’attention du public étaient cependant les interventions de « Mouna », personnage haut en couleurs, penseur et philosophe, impliqué dans toutes les manifestations, comme dans l’aide à ceux qui avaient déjà sombré dans les drogues dures. A l’issue de ces trois jours, cet homme remarquable vit sa notoriété, déjà grande, considérablement accrue par la suite. Décédé en 1999 à l’âge de quatre-vingt-huit ans, Mouna, comme le déclarait Cavanna, « était une manif à lui tout seul ».

Ne résistons pas plus longtemps à exhumer quelques unes de ses phrases les plus savoureuses :

« - Le jour où un vélo écrasera une auto, il y aura vraiment du nouveau.

   - On vit peu mais on meurt longtemps.

   - Je préfère le vin d’ici à l’eau de là (emprunté bien sûr à Francis Blanche).

   - Riez et vous serez sauvé.

   - Les valeurs morales ne sont pas cotées en bourse.

   - Mieux vaut être actif aujourd’hui que radioactif demain.

   - Au pays de la barbarie, je joue de l’orgue de Barbarie !

   - Nous sommes tous égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.»

Cependant, malgré la protection de leurs larges attributs capillaires, le soleil des après-midis chauffait dangereusement les crânes : des décisions de survie s’imposaient. Il fut ainsi résolu de rafraichir la foule d’une forte lance à incendie disposée à demeure, et dont les pompiers, fort heureusement, n’usaient guère. Ce fut une ruée instinctive, nul n’était besoin d’indiquer la marche à suivre, il suffisait de s’humecter amplement sous le jet pour retrouver, au moins momentanément, un certain bien-être, échappant ainsi au risque d’insolation.

Pourtant, la gerbe salvatrice eut un effet pervers : les larges flaques, le sol changé en boue, sous la mitraille du puissant jet, coloraient les épidermes d’une couleur peu seyante qui de surcroît, séchée au soleil, tournait au bizarre : on n’arrivait guère à sortir propres de cette gangue d’autant que certains, que de jeunes enfants au bac à sable auraient acclamé, lançaient à tout va des poignées de boue, atteignant même un cameraman de l’ORTF fort dépité ! D’autres enfin, glissaient pieds nus sur la surface incertaine de cette patinoire improvisée, chutant et disparaissant dans le marécage, enfoncés jusqu’au cou.

En outre, on souillait notablement le peu de vêtement porté, aussi fût-il rapidement abandonné, jeté dans l’herbe avec le mépris qu’il méritait. Alors, non seulement l’on se sentit tous égaux dans la nudité, tous sexes confondus, mais encore il n’était en ce peuple qu’une seule et unique couleur de peau : le racisme n’avait plus de sens, aboli définitivement qu’il était, mieux : même la vivace hiérarchie du bronzage laissait place à l’uniformité et, en outre, nul ne pouvait briller par la richesse du vêtement, on avait atteint l’égalité absolue, l’inaccessible rêve des générations passées, nous étions bien les inventeurs du monde nouveau !

Ce fut à partir de ces moments d’intense activité émotionnelle, qu’un notable pourcentage du public, clamant haut la vanité du vêtement, se refusa résolument et ostensiblement à en user – excepté cependant dans la fraîcheur nocturne, où il dut pourtant, sous les regrets, reprendre ses droits - jusqu’au prochain soutien de l’astre solaire.

Mais déjà sur la scène, Mungo Jerry, dans des rythmes fous, faisait danser cette mer de chevelures, partie dans une houle à donner le tournis, levée par sa voix tempétueuse, dans l’écume vive des bras levés blanchis des projecteurs, qui de temps à autre incendiaient la foule en délire. Ce fut un très beau succès populaire, incontestable moment fort du festival.

Le bluesman blanc Johnny Winter obtint de même un remarquable succès, dans cette musique universelle, comprise de tous, émaillée des longs et remarquables solos de ce talentueux guitariste américain au cheveu albinos.

Titanic, groupe sans grande originalité venu des pays nordiques, proposait quant à lui un rock traditionnel des plus chaleureux qui, s’il ne nécessitait pas vraiment l’écoute attentive, fit lever et danser le public durant la prestation entière.

L’inénarrable Pete Brown, avec son groupe « Piblokto !», son guitariste capable de longs solos inspirés et ses percussions, connu comme poète, et à qui de nombreux artistes Rock (Eric Clapton notamment) doivent leurs meilleurs succès, fut également très applaudi.

Les groupes français, cruellement juxtaposésà ces artistes, souffrirent des inévitables comparaisons : le Rock, qui n’est pas natif de notre pays, n’y trouvait pas encore ses meilleurs interprètes. La prestation de Catherine Ribeiro + Alpes, à l’heure où les têtes émergeaient à peine des duvets, portant tout le sommeil de la terre à la paupière, put cependant étendre et affermir ici sa jeune notoriété.

Ce fut Colosseum, talentueux groupe anglais de jazz-rock, aux solos de saxophone très attendus et applaudis de Dick Heckstall-Smith qui, la dernière nuit, clôtura pour ainsi dire le festival, les groupes français qui le suivirent et jouèrent jusqu’au jour faisant nettement moins l’unanimité.

Le soleil, revenu tout aussi haut pour la dernière journée, semblait dire à tous que le moment des adieux était venu, dans ce silence devenu pesant : la musique avait cessé, on démontait même les tours, on n’entendait plus un cri ; seul parvenait le piétinement sourd des road managers sur la vaste scène que, progressivement, l’on déshabillait, dans un horrible striptease de squelette. On parlait peu, on parlait bas, on eût dit que cette foule, joyeuse et vociférante il y a peu, chuchotait soudain, au signal, à paroles pesées, rares, assommée de la triste nouvelle, par respect pour le mort dont le nom avait été colporté, en secret, de bouche à oreille et les regards, désorientés, semblaient guetter la venue du cercueil, recueillis déjà.

On s’attardait encore, roulant son duvet, bourrant son sac la tête ailleurs, espérant un dernier accord de guitare. Puis, las et attristés, jetant le dernier regard à la scène qui nous avait tant donné, de partout, dans une marche lente et silencieuse, la tête basse, le dos courbé, l’on convergeait vers la sortie, la tête encore toute emplie du rêve, et les cheveux plus longs.

JCP    20 01 2010


vendredi, 15 janvier 2010

Fotografix Nostalgia

Recherche désespérément, mais plein d'espoir:

Photographies prises au cours des festivals Rock d’Aix en Provence (1,2 & 3 août 1970) et Biot (5 & 6 août 1970).

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1 clic sur l’image pour voir si vous y étiez ?


Aix en Provence, 1, 2 & 3 Août 1970, là, dans le pré ...

dimanche, 10 janvier 2010

Au Grenier

Image: JCP


27    Au grenier

 

Au plus haut degré du vieil escalier de bois

Qu’au fil des ans l’impassible ver ronge et broie,

Morose sur ses gonds, est une ancienne porte

Issue d’une futaie depuis longtemps morte.

 

Lorsque l’œil à travers son noir carreau se risque,

Et qu’hasardeuse, la main de l’ouvrir se pique,

Dans l’âcre senteur de la poussière d’antan

S’étale la vision des ravages du temps :

 

Mille objets, abandonnés des mains de naguère,

Étouffés là sous le lourd manteau de misère,

Soupirent dans la paix du silence feutré,

D’un espoir de vie nouvelle encor pénétrés...

 

Aux poutres basses où tout un peuple tisse toile,

Pendent aux crochets marmites et vieilles poêles ;

Le tricycle rouillé s’effondre lentement

Sur la vieille psyché, se mire en ses fragments ;

La chauve-souris, tirée de sa somnolence,

Déploie ses ailes puis les referme en silence.

 

Aux vitres noircies, près des images sacrées,

Tremblent les vieux restes d’un papier déchiré :

A l’encre bleue pâlie des ans, on lit encore,

D’une main tremblante que la crainte dévore,

Sur le papier taché, les derniers mots d’amour

D’une vieille guerre qui n’eut pas de retour...

 

 

JCP

Sous la Jachère

Image: JCP


69   Sous la Jachère (Chant des Laboureurs)

« Imagine un monde sans religion », John Lennon, 1971

 

- Brûlons, labourons la jachère,

Et profond, profond le labour ;

Combien la terre nous est chère,

Creusons-la partout alentour !

 

Mais soudain sorti de la terre,

Qu’est-ce donc qui brille au sillon ?

Ni caillou ni pomme de terre

- Ou bien le trésor des galions ?

 

- Ce n’est pas de l’or c’est du verre,

Finis le rêve et les doublons :

Cette bouteille de misère

Ne nous vaut pas le métal blond !

 

                     ...

Alors de la bouteille ouverte,

S’élève un chant mystérieux

Et s’exhale une fumée verte ;

De blanc vêtu paraît un dieu !

                     ...

 

- Qui es-tu et que nous veux-tu ?

- Je suis le Dieu sur cette terre,

Je suis le Dieu de blanc vêtu,

Je suis né pour la nouvelle ère ;

 

Enfin grâce à vous me voici,

C’est à vous que je dois de naître ;

Je dois régner sur tous ici,

Je dois régner sur tous les êtres.

 

- En ce cas repars aussitôt,

Nous n’avons pas besoin de maître,

Il suffit de ceux du château :

D’autres humains va te repaître :

 

Sans les dieux nous vivons heureux,

Et les avons enfin chassés

Avec tous leurs vains religieux,

Pars ou tu seras repoussé.

 

- Alors redoutez mon courroux,

Car pour vous je suis le Seigneur,

Vous devrez m’obéir partout,

De mon châtiment ayez peur !

 

C’est sur un haussement d’épaules

Qu’ils achevèrent leur labour.

Remettant le dieu dans sa fiole

Ils rentrèrent, chantant l’amour,

Le vin et toutes jouissances

Condamnées là haut par les cieux,

Et s’emplirent à ras bord la panse,

En louant le péché des dieux !

 

JCP

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« Imagine », John Lennon, 1971

Imagine there's no heaven,
It's easy if you try,
No hell below us,
Above us only sky,
Imagine all the people
living for today...

Imagine there's no countries,
It isnt hard to do,
Nothing to kill or die for,
And No religion too,
Imagine all the people
living life in peace...

You may say I'm a dreamer
But I'm not the only one
I hope someday you'll join us
And the world will live as one.

Imagine no possesions,
I wonder if you can,
No need for greed or hunger,
A brotherhood of man,
Imagine all the people
Sharing all the world...

You may say Im a dreamer,
but Im not the only one,
I hope some day you'll join us,
And the world will live as one.

...

...

Imagine (Imaginez)
 
Imaginez qu'il n'y a aucun Paradis,
C'est facile si vous essayez,
Aucun enfer en dessous de nous,
Au dessus de nous seulement le ciel,
Imaginez tous les gens,
Vivant pour aujourd'hui...
 
Imaginez qu'il n'y a aucun pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Aucune cause pour laquelle tuer ou mourir,
Aucune religion non plus,
Imaginez tous les gens,
Vivant leurs vies dans la paix...
 
Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni
 
Imaginez aucunes possessions,
Je me demande si vous le pouvez,
Aucun besoin d'avidité ou de faim,
Une fraternité humaine,
Imaginez tous les gens,
Partageant tout le monde...
 
Vous pouvez dire que je suis un rêveur,
Mais je ne suis pas le seul,
J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez,
Et que le monde vivra uni.

 

 

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